Jour 23

Quel est ce vice opposé à l’Espérance ?

Texte de l’Écriture Sainte – Psaume 76

Vers Dieu, je crie mon appel ! Je crie vers Dieu : qu’il m’entende ! Au jour de la détresse, je cherche le Seigneur ; + la nuit, je tends les mains sans relâche, mon âme refuse le réconfort. Je me souviens de Dieu, je me plains ; je médite et mon esprit défaille. Tu refuses à mes yeux le sommeil ; je me trouble, incapable de parler. Je pense aux jours d’autrefois, aux années de jadis ; la nuit, je me souviens de mon chant, je médite en mon cœur, et mon esprit s’interroge. Le Seigneur ne fera-t-il que rejeter, ne sera-t-il jamais plus favorable ? Son amour a- t-il donc disparu ? S’est-elle éteinte, d’âge en âge, la parole ? Dieu oublierait-il d’avoir pitié, dans sa colère a-t-il fermé ses entrailles ? J’ai dit : « Une chose me fait mal, la droite du Très-Haut a changé. » Je me souviens des exploits du Seigneur, je rappelle ta merveille de jadis ; je me redis tous tes hauts faits, sur tes exploits je médite. Dieu, la sainteté est ton chemin ! Quel Dieu est grand comme Dieu ? Tu es le Dieu qui accomplis la merveille, qui fais connaître chez les peuples ta force : tu rachetas ton peuple avec puissance, les descendants de Jacob et de Joseph. Les eaux, en te voyant, Seigneur, + les eaux, en te voyant, tremblèrent, l’abîme lui-même a frémi. Les nuages déversèrent leurs eaux, + les nuées donnèrent de la voix, la foudre frappait de toute part. Au roulement de ta voix qui tonnait, + tes éclairs illuminèrent le monde, la terre s’agita et frémit. Par la mer passait ton chemin, + tes sentiers, par les eaux profondes ; et nul n’en connaît la trace. Tu as conduit comme un troupeau ton peuple par la main de Moïse et d’Aaron.

Temps de contemplation : Initiation à la Théologie de Saint Thomas, père Sineux. Le désespoir et la présomption

Quiconque jugerait que l’Eternelle Béatitude n’est pas la destinée humaine, n’étant pas faite pour des créatures, ou du moins qu’elle est radicalement inaccessible, faute de moyens proportionnés, celui-là agirait à l’encontre de l’Espérance. C’est le désespoir. Dans l’ordre des passions humaines, le désespoir, estimant insaisissable le bien convoité, renonce à tout effort pour le conquérir. Le désespoir contraire à l’Espérance chrétienne, ne se fonde pas seulement sur l’impuissance de l’homme ; mais il va jusqu’à nier la Puissance de Dieu, et méconnaître surtout la Bonté et l’Amour infinis dont ce Dieu fait preuve à l’égard du genre humain. Contredisant outrageusement tant de déclarations et de signes, il décrète que Dieu ou bien ne peut pas ou surtout ne veut pas sauver les hommes et leur faire partager son bonheur éternel. Il est rare de rencontrer ce désespoir généralisé. Le désespéré considère surtout son cas particulier. Sans refuser à Dieu le pouvoir et le droit de sauver les autres, il ne croit plus à la possibilité de son propre salut. Et, le plus souvent, ce sentiment est consécutif au péché grave. « Aversion » délibérée de Dieu, le péché est bien, en effet, intentionnellement une aversion définitive : le pécheur entend se fixer à jamais dans son attitude, y trouver sa fin dernière ; il s’interdit donc toute nouvelle conversion à Dieu… « Mon péché est trop grand pour être pardonné », c’est-à-dire, implicitement, Dieu ne peut pas triompher du mal qui est en moi; il y a en moi plus de malice qu’en Lui de Bonté ; devant le péché, Dieu doit s’avouer vaincu ! Est-il outrage plus offensant ? C’est pourquoi, en un sens, le désespoir est le plus odieux des péchés, car il s’attaque directement à la miséricorde divine dans laquelle se concentrent les grands attributs de Puissance, Justice, Bonté et Amour… Le désespoir est le péché par défaut d’Espérance. La présomption est le péché par excès. Non pas que l’on ne puisse jamais trop espérer en Dieu, si l’on considère l’immensité de sa Bonté et de sa Miséricorde. Mais la présomption dédaigne les bienfaits divins… Monstrueuse suffisance de Lucifer, puis du premier homme, et après eux, de tous ceux qui prétendent accomplir seuls leur destinée ; se passer de Dieu, de sa Bonté autant que de son Autorité… Elle peut revêtir une autre forme moins absolue cependant. L’homme alors ne compte plus exclusivement sur lui-même ; il attend quelque chose de Dieu, mais cette fois, il en attend trop !… Il voit un Dieu débonnaire, incapable de punir et même d’exiger Tandis que le désespéré gronde : « Mon péché est trop grand », le présomptueux sous-entend : « Bah, mes péchés sont trop peu de chose pour que Dieu s’y arrête » !… Dieu qui fait abstraction de sa justice et n’a aucun sens de son honneur ; tel l’entrevoit le présomptueux. Il le dénature par conséquent et travestit ses grands attributs… On ne trouvera pas de préceptes explicites concernant l’Espérance, sous la forme des Commandements du Décalogue… C’est antérieurement à toute prescription législative que l’Espérance s’est imposée progressivement… « Abraham crut en la Promesse », … parce que déjà il avait confiance en la Parole de Yawhé. Et le peuple, sans bien savoir encore en quoi consisterait le salut annoncé, s’en remettait avec assurance au Seigneur qui le guidait… Sans que nul dût commander l’Espérance, chacun de ceux qui en vivaient la « recommandait » aux siens, et irrésistiblement la communiquait : « Espère dans le Seigneur, car Il est notre Sauveur et notre Dieu »

Réflexions pour ma vie

Le désespoir, tel qu’il est décrit par St Thomas, n’est sans doute pas un sentiment que j’éprouve. Je crois que Dieu peut me sauver. Mais ne suis-je pas tenté de désespérer quand je vois que mes prières ne sont pas exaucées, quand je vois l’état de mon pays et tous ces concitoyens qui ne croient plus en Dieu, qui Le refusent et nient Son existence, quand je vois la haine des hommes entre eux, les meurtres, les lois iniques ? … Que faire, prier et prier encore… Et s’en remettre entièrement à l’Amour prévenant de notre Père.

Résolution du jour

Je renouvelle ma confiance en Dieu et je lui confie mon pays en le suppliant de nous garder dans l’Espérance. Je suis fidèle à la récitation du chapelet pour mon pays, ma famille : « Priez, priez mes enfants ! Mon Fils se laisse toucher » disait la Vierge Marie à Pontmain !

Prière

Seigneur, faites de moi un instrument de votre paix. Là où il y a la haine, que je mette l’amour. Là où il y a l’offense, que je mette le pardon. Là où il y a la discorde, que je mette l’union. Là où il y a l’erreur, que je mette la vérité. Là où il y a le doute, que je mette la foi. Là où il y a le désespoir, que je mette l’espérance. Là où il y a les ténèbres, que je mette la lumière. Là où il y a la tristesse, que je mette la joie. Ô Maître, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler, à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer ; car c’est en se donnant qu’on reçoit, c’est en s’oubliant qu’on trouve, c’est en pardonnant qu’on est pardonné, c’est en mourant qu’on ressuscite à la vie éternelle.